Quand l’auteur de « Un sac de billes » fut sauvé par des prêtres

L’écrivain Joseph Joffo, celui qui avait survécu, enfant, aux persécutions nazies sous l’Occupation, grâce notamment à l’intervention de plusieurs prêtres et évêque, est décédé le 6 décembre à l’âge de 87 ans.

Dans son célèbre récit autobiographique, Un sac de billes, porté deux fois au cinéma, Joseph Joffo raconte sa propre histoire et celle de son grand frère, Maurice, alors jeunes adolescents juifs parisiens, contraints à fuir seuls en zone libre afin d’échapper aux rafles antisémites sous l’Occupation allemande. À plusieurs reprises dans le récit, il relate la manière dont des prêtres catholiques les ont aidés à échapper à la Gestapo.

« Les enfants sont avec moi »

C’est d’abord dans un train, début 1942, alors que les parents de Joseph et Maurice envoient leurs deux plus jeunes enfants rejoindre leurs aînés à Menton, en zone libre, qu’un prêtreintervient lors d’un contrôle allemand et les prend sous sa protection. Les enfants, âgés de 10 et 12 ans, à qui leur père leur a intimé de ne jamais révéler à quiconque qu’ils sont juifs, n’ont pas de papier à présenter au soldat. Un prêtre présent dans le wagon assure alors que « les enfants sont avec lui ». Lorsque Maurice le remercie d’avoir menti pour les sauver, il murmure : « Je n’ai jamais menti, vous étiez avec moi comme tous les enfants du monde le sont également. C’est même l’une des raisons pour lesquelles je suis prêtre, pour être avec eux ».

Les faux certificats de baptême

Plus tard, en septembre 1943, les deux frères sont arrêtés à Nice par la Gestapo. Enfermés de longues semaines à l’hôtel Excelsior, quartier général SS niçois, les officiers nazis laissent finalement partir Maurice, qui prétend posséder des certificats de baptême catholique. « Petit, si tu ne reviens pas d’ici 48 heures avec vos certificats de baptême, on coupera ton petit frère en morceaux », le menace-t-on. Se souvenant alors du prêtre qui les avait sauvés dans le train, il va frapper à la porte de la première église sur son chemin, « l’église de la Buffa ». Le chanoine Victor Rua accepte de les aider, et fait intervenir l’évêque de Nice, Mgr Paul Rémond, qui leur fournit de faux certificats de baptême et de communion solennelle ainsi qu’une lettre manuscrite dans laquelle il exige la libération des deux enfants, se déclarant prêt si nécessaire à se rendre en personne au siège de la Gestapo.

Mgr Paul Rémond, déclaré Juste parmi les Nations en 1991, avait contribué à la création du « réseau Marcel », qui a sauvé 527 enfants juifs de la déportation en leur fournissant de faux certificats de baptême et en les plaçant dans différentes institutions catholiques.