Quand la conscience prend le pas sur la foi et sur Dieu

La-foiA la fin des années 80, un ami qui travaillait avec le cardinal Law m’a présenté à lui à Boston. Je ne me rappelle pas grand chose de notre conversation, mais je me rappelle fort bien que le cardinal m’avait encouragé à écrire mon mémoire sur le sujet de la conscience. Il était très insistant, bien qu’il n’ait jamais expliqué vraiment pourquoi il pensait le sujet si important. J’ai choisi plutôt d’écrire sur le but primordial du mariage, mais je n’ai jamais oublié sa véhémence sur la nécessité d’examiner la véritable signification de la conscience.

Maintenant, il m’arrive souvent de penser que c’est LE problème essentiel qui a sapé l’Église de façon dévastatrice dans les années post-conciliaires. Ces destructions sont évidentes pour qui a des yeux pour voir : la baisse monumentale du nombre de catholiques pratiquants ; la dissension qui a corrompu nos institutions d’études supérieures ; l’abandon du sacrement de réconciliation par de nombreux catholiques ; et maintenant, l’abandon du sacrement de mariage par un nombre croissant de jeunes catholiques.

On pourrait compléter cette liste, mais c’est trop déprimant. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vois maintenant au cœur du problème : la fausse notion de conscience qui s’est installée non seulement dans le monde autour de nous mais également parmi le peuple chrétien – la notion de conscience comme un absolu.

Quand l’évêque de mon diocèse natal est revenu de Rome après avoir suivi le concile Vatican II et avoir participé à la commission sur le contrôle des naissances, c’était un homme changé. Et il avait l’intention de transformer son diocèse en accord avec sa propre vision du concile et sa convergence avec le rapport de la commission sur le contrôle des naissances. Il avait rejoint la majorité en s’écartant de la tradition constante de l’Église sur l’immoralité de la contraception artificielle et il avait clairement l’intention de libérer son peuple des chaînes de la condamnation ecclésiale.

Mais après la publication d’Humanae Vitae, il a dû trouver un moyen de contourner la réaffirmation de la doctrine par Paul VI – une « solution » pastorale qui permettrait aux gens de s’affranchir en toute bonne conscience de l’enseignement de l’Église en cette matière.

L’évêque avait également ramené d’Europe la solution à ce problème, solution devenue une sorte de virus qui allait énormément infecter la vie de l’Église alors qu’elle était supposée résoudre le problème pastoral. C’était comme lorsque les Européens ont amené la variole au Nouveau Monde. Mais c’était un virus spirituel, et encore plus mortel. L’évêque n’était pas le seul à avoir ramené le virus à la maison. En fait, le virus était déjà là sous une autre forme : l’existentialisme radical. Mais de ce moment il a pris racine là où on l’aurait cru impossible encore peu de temps auparavant, dans la conscience catholique, prétendument réinterprétée par Vatican II.

La notion selon laquelle la conscience est un absolu est un énorme mensonge anthropologique et théologique. Rien n’est absolu hormis Dieu. Et la conscience qui est une manifestation de l’intelligence, ne se déclare absolue que si elle déclare en même temps que Dieu n’est pas Dieu. La conscience, comme l’intelligence elle-même, est soumise à Dieu et non une entité indépendante en compétition avec Dieu. Chaque homme doit suivre sa conscience pour éviter de pécher, mais c’est seulement une vérité partielle. Parce que, si l’homme pèche lorsqu’il ne suit pas sa conscience, cela ne signifie pas qu’il ne pèche pas lorsqu’il la suit.

De fait, quand la conscience s’affranchit délibérément de la loi de Dieu, elle devient un agent du péché. Quand la conscience est malformée en raison de la négligence ou de la mauvaise volonté du sujet, les actes inspirés par cette conscience faussée sont peccamineux. C’est cela et plus encore qui reflète la compréhension catholique de la conscience et de son rôle dans notre salut.

La notion de conscience comme absolu n’a pas été adoptée par les réformateurs protestants en pleine conscience, mais cela est implicite dans leur notion de conscience privée. Les réformateurs voyaient la conscience, non comme un absolu, mais comme état soumise à la Parole de Dieu, plus précisément à la Parole transmise par la Bible. Mais leur principe de sola scriptura ne pouvait pas tenir éternellement cette sujétion. L’Écriture ne s’auto-interprète pas. Quand on retire à l’Église l’autorité suprême pour interpréter l’Écriture, ce qui reste n’est plus que l’individu. Étant donné les développements philosophiques qui ont suivi la Réforme jusqu’à ce jour, la notion de conscience comme absolu devenait inévitable. Elle prime maintenant sur les Écritures et sur Dieu Lui-même.

En d’autres mots, la notion de conscience telle qu’elle a été comprise dans l’Église Catholique durant le dernier demi-siècle est même plus radicale que dans la Réforme Protestante. L’Église a toujours compris que la conscience opère au plus profond de l’âme. C’est pourquoi elle est déterminante de la personnalité et du niveau moral de chacun. Mais si la conscience se déclare elle-même absolue, l’arbitre ultime du bien et du mal, alors la conscience a supplanté Dieu au cœur de notre être. C’est ce que fait l’existentialisme athée moderne, et malheureusement, la notion brouillée de la conscience qui a été perpétuée dans l’Église d’après Vatican II a souvent plus à voir avec cette forme d’existentialisme qu’avec la compréhension plus équilibrée de la tradition catholique, répétée par le concile lui-même.

La conscience doit parfaitement se tenir au centre de la personne humaine, au plus profond de l’âme, dans le « cœur » comme le dit la Bible. Mais elle doit s’y tenir soumise à Dieu et à son Église, dont Jésus a dit : « qui vous écoute, m’écoute. » Le livre des Proverbes (23:26) dit : « mon fils, remets-moi ton cœur. » Le Christ nous dit la même chose, mais il fait cette médiation à travers l’Église, avec laquelle Il ne fait mystiquement qu’un.

Quand la conscience devient l’absolu, l’Église est relativisée, et cela signifie que le Christ est supplanté au centre de notre être. Il n’y aura pas de renouveau tant que le virus n’aura pas été éliminé. Ce démon doit être banni.

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Le père Mark A. Pilon, un prêtre du diocèse d’Arlington (Virginie) a obtenu un doctorat de théologie sacrée à l’université de la Sainte-Croix à Rome. Il a tenu la chaire de de théologie systématique au séminaire de Mount Saint-Mary. C’est un ancien contributeur du magazine Triumph et un ancien professeur à Notre Dame Graduate School de Christendom College.

Illustration : Jiminy Cricket avait tort.

Source : http://www.thecatholicthing.org/201…