Préparer au mariage la génération du millénaire

mariageJ’ai passé plus de vingt ans à faire la préparation au mariage pour l’archidiocèse de New-York, et j’ai calculé que si tous les couples que j’ai enseignés étaient rassemblés en un même endroit, ils rempliraient facilement Madison Square Garden. On m’appelle encore occasionnellement à me présenter devant une cinquantaine de couples de fiancés qui ont besoin de vérifier leur boîte à outils « préparation au mariage » avant de pouvoir se marier à l’église.

C’est sans surprise qu’on trouve toutes les nuances de foi et d’incroyance parmi les couples. Des non-catholiques, il n’y en a pas qu’un peu, et on peut dire qu’un grand nombre de catholiques de naissance ne sait à peu près rien de la foi. La moitié des couples cohabitent déjà et semblent penser que la promesse solennelle qu’ils s’apprêtent à prononcer ne changera pas grand chose à leur relation. Signe révélateur, certains n’envisagent même pas de lune de miel après les noces.

Inutile de le dire, une majorité ne partage pas la vision de l’Église sur la sexualité. Pour la génération du millénaire, le sexe est un échange de plaisir entre des adultes consentants qui déterminent sa signification sur une base adéquate. Il n’y a pas de critères dans la sexualité : elle est simplement ce que vous choisissez d’en faire. J’exagère — mais à peine.

Je dois ajouter que, cela se passant à New York, certains viennent dans l’esprit d’affronter l’orateur lors des questions-réponses. En fait, il y a des animateurs de préparation au mariage qui vont omettre cette étape de questions-réponses parce que cette partie de la soirée peut partir en vrille.

Tous ces facteurs font d’une session de préparation au mariage à Manhattan une de ces « périphéries » sur lesquelles le pape François attire souvent notre attention. Ce n’est certainement pas une sinécure pour l’orateur. Mais le travail ne pourrait pas être plus important. En vérité, une priorité pour un évêque – à égalité avec le séminaire ou la conférence des évêques — devrait être une saine préparation au mariage. C’est potentiellement la dernière chance qu’a l’Église vis-à-vis de nombreux assistants à ces réunions.

Les animateurs de préparation au mariage adoptent souvent une ou deux approches dont aucune de fonctionne. L’une est le cheminement facile, thérapeutique. Un diacre d’âge moyen se présente et commence à lancer quelques blagues. Il use d’un jargon psychologique et élude tout enseignement de l’Église qu’il estime ne pas être du goût de son auditoire. Cela peut être embarrassant. Même les non-croyants de l’auditoire seront affligés par le spectacle d’un orateur s’efforçant de flatter ce qu’il imagine être les habitudes mentales des jeunes.

Il y a ensuite les rigoristes. Ils sont venus passer un savon, tout particulièrement dans le domaine du comportement sexuel. Ils annoncent, par exemple, que la contraception est un péché mortel. Évidemment, le péché mortel existe, et l’utilisation de moyens de contraception est gravement désordonnée. Mais quand un animateur de préparation au mariage utilise le mot péché lors d’un rassemblement, il se coupe de la moitié de son auditoire. Ils vont faire la sourde oreille à tout ce qu’il pourra dire d’autre. Il a commis une erreur dénoncée à de nombreuses reprises par le magistère : le légalisme.

Je sais qu’en écrivant cela je risque de troubler les catholiques conservateurs qui pensent que la doctrine catholique doit être exprimée clairement et fermement. Je suis entièrement d’accord. Mais je suis aussi d’accord avec le pape François que la mission première de l’Église est de rejoindre les gens là où ils sont, en se préoccupant de leur bien-être. Alors nous avons d’abord besoin de reconnaître que les jeunes de notre époque ne sont guère réceptifs à l’imposition de règles ou à la reconnaissance du péché comme catégorie théologique.

Dans le même temps, ces couples cherchent à être guidés. Ils sont environnés de mariages ratés et ne veulent pas répéter les erreurs de leurs parents et amis. Ils veulent s’y prendre de la bonne manière. Ils veulent entendre un avis empathique sur des thèmes comme la communication ou comment gérer une dispute (et en sortir). Ils écouteront des anecdotes instructives et amusantes sur le propre mariage de l’orateur.

La partie « douce » de l’échange peut alors évoluer vers des thèmes plus profonds. L’orateur peut titiller les couples avec des idées qu’ils peuvent n’avoir jamais entendu exprimer. Par exemple, que le véritable amour met en œuvre la volonté, non les émotions. Que l’amour marital est une décision de continuer à suivre la décision qu’on a prise. Qu’un véritable « don de soi » enrichit la vie de manières inattendues. Que l’enseignement du Christ sur l’indissolubilité du mariage est un appel à faire en sorte que la relation fonctionne. (Les personnes qui laissent facilement tomber n’atteignent pas un bonheur complet.) Que le Planning Familial Naturel est une bénédiction pour l’épanouissement sexuel. (Si vous vous apprêtez à avoir des relations sexuelles avec une personne pendant 30 ou 40 ans, il faut un ascétisme pour que cela fonctionne.) Que les enfants sont notre patrimoine le plus durable. (Même le travail le plus estimable finit dans un dossier poussiéreux aux archives – ou est détruit par le personnel chargé des archives de l’entreprise.)

L’orateur – ou les orateurs : les couples mariés sont plus performants – devraient au moins donner l’impression que l’Église a des pensées très profondes dans ces domaines. Les enseignements catholiques sur la sexualité par exemple, n’ont pas été pensés par une bande de moines célibataires du début du Moyen-Age dans le but d’essayer de contrôler la vie sexuelle de chacun. Au contraire, ils sont basés sur une profonde clairvoyance de ce que sont les hommes et les femmes en tant qu’êtres sexués. Ils sont destinés à les aider à s’épanouir. Comme saint Thomas le fait remarquer, Dieu n’est offensé que par les actions qui ne concourent pas à notre bien. En même temps, il se réjouit quand nous vivons plus totalement la « loi du don » inscrite en notre être.

Par dessus tout, nous devrions persuader ces couples que s’ils travaillent à la réussite de leur mariage, la société comme eux-mêmes en tireront profit. Et l’Église également. Dans l’idée de Mary Eberstadt, il y a quelque chose comme quoi le déclin de la famille a précipité le déclin de la religion plutôt que l’inverse.

A la fin de la soirée, les couples ne seront peut-être pas conscients de la quantité de doctrine qui leur a été révélée. C’est souvent pour le mieux. Ils peuvent rentrer à la maison et en parler.

source