Message reçu d’un prêtre

« L’âne de la Crèche ou un prêtre qui brait.

Certains se demanderont peut-être quel rapport il peut y avoir entre un âne et le prêtre. Ces lignes, qui sont le cri d’un prêtre, vont essayer de l’exprimer.

L’âne apparaît trois fois dans la courte existence du Fils de Dieu sur terre : à la crèche, le dimanche des Rameaux et, entre les deux, lors de la fuite en Egypte. A chaque fois il porte le Christ : à l’arrivée à Bethléem, chargé de la Mère et de l’Enfant en son sein ; aux Rameaux, alors que le Christ est acclamé par les « Hosanna » de la foule ; dans la fuite en Egypte, portant la Mère et son Enfant nouveau-né et déjà en péril.

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Mais en aucun cas il n’est dit que cet âne braie. Et pourtant, un âne braie, c’est son cri.
En portant à bon port le si beau fardeau de la Mère et de l’Enfant qui est le Fils de Dieu, il ne dit rien ; il se réjouit silencieusement. Il aurait été vraiment stupide de s’imaginer que l’adoration des bergers et des mages lui était destinée en remerciement, de même que le cri de la foule « Hosanna au plus haut des cieux » le dimanche des Rameaux, comme de se dire qu’il sauvait le nouveau-né d’un terrible péril alors que c’était Joseph qui obéissait à la voix de l’ange et guidait la Sainte Famille.

Mais pourtant, il était là présent à chaque fois et son absence aurait pu changer le cour des événements.Il a porté le Sauveur du monde au bon endroit et au bon moment. Mais, qu’est-ce qu’il a dû braire ! Lorsque l’Enfant qui devait naître n’était pas accueilli, lorsque le Fils de Dieu était acclamé par ceux-là même qui allaient crier à mort quelques jours plus tard avant de Le crucifier. Comme il aurait alors voulu le porter plutôt que de Le voir gravir, seul, avec le bois sur son épaule, cette terrible colline. Enfin, comme il aurait aimer braire à ce roi qui était jaloux d’un enfant : « Celui-ci est le Fils de Dieu » ! L’âne de Bethléem, des Rameaux et de la fuite en Égypte, c’est le prêtre.

Et bien, en cette veille de Noël je crie, ou plutôt je braie alors que Celui que la grâce de l’ordination m’a donné de porter aux âmes est bafoué et décrié jusque dans son Eglise. Quelle tristesse pour un prêtre de découvrir l’abomination de la désolation dans le temple du Seigneur ! Je veux parler de ces églises parisiennes (La Trinité, St Etienne du Mont) transformées le temps d’une soirée en vastes restaurants, sous le prétexte sans doute noble mais fallacieux d’accueil des pauvres ou de fraternité. La charité ne saurait porter ce nom lorsqu’elle ne marche pas avec la vérité. L’église, temple de Dieu, où l’âne a sa place et où est célébré la Sainte Eucharistie, le plus grand festin qui soit ici-bas, métamorphosée en salle de banquet d’où l’âne est forcément banni. (En avez-vous déjà vu un dans une salle de restaurant ?) Le prêtre, âne du Christ, banni de l’église alors que l’on y exerce une fausse charité au nom du Christ.
Il ne se passe pas de mois sans que l’on fustige un prêtre qui désire célébrer les saints mystères en respectant la forme qui lui est demandée par l’Eglise et on laisse se dérouler dans des églises des repas sous des prétextes de bienfaisance sans que personne n’y trouve rien à redire. Mais jusqu’où l’Eglise qui est en France va-t-elle descendre ?
En cette veille de Noël, l’âne du Christ désire simplement braire en racontant une belle histoire de pauvre dans une église. Un dimanche, après la célébration de la Sainte Messe, un homme, pauvre, s’est avancé vers le prêtre qui saluait les paroissiens et est venu tout simplement le remercier de la beauté de la liturgie qu’il venait de célébrer. Le prêtre lui a répondu qu’il n’avait fait que transmettre le Christ au moyen de cette liturgie que l’Eglise lui confie mais qui n’est pas son bien propre. Et cet homme de lui avouer que sa seule richesse, ce sont les églises où il peut se rendre gratuitement, puisqu’il ne lui est pas possible d’aller dans les musées, cinémas, théâtre, etc. Alors que là, toute cette richesse et cette beauté, lui appartiennent en tant que baptisé. Et il ajoutait tristement : « Vous voyez, mon Père, tout est moche dans ma vie. Ma seule richesse et ma seule beauté c’est le Christ, son Eglise et la liturgie qui me Le donne. Et lorsque les églises sont mal entretenues, que les liturgies sont bricolés, que les ornements liturgiques ne sont pas beaux et correspondant à Celui qui est célébré, tout cela me ramène à ma pauvreté, à ma mocheté, et je repars triste ».
Je souhaite que cet homme, un pauvre authentique, un petit, un « anawim » comme on les appelait du temps du Christ, soit déjà reparti après qu’un âne qui lui aura donné Celui qu’il aimait tant à travers le sacrement des malades et le viatique, plutôt que d’être témoin d’un repas qui lui serait servi dans le lieu où il désirait recevoir la seule vraie nourriture qui soit : le Corps du Christ.
Voilà, l’âne du Christ a brait. Il va rentrer dans le silence et célébrer la Nativité en contemplant le Nouveau-né. Il espère que Jésus montera encore sur son dos pour aller vers les âmes.
Et vous qui avez lu ces lignes, durant la douce Nuit de la Nativité du Seigneur, en venant adorer l’Enfant, n’oubliez pas de prier pour les ânes qui vous apportent Jésus jusqu’à son festin des noces. Ils sont souvent moqués et rejetés, mais ils vous aiment. Et à vous, mes frères prêtres, restez joyeusement les ânes du Christ et portez-Le sans vous lasser aux âmes qui l’attendent, sans vous prêter au jeu de la mondanité en vous prenant pour des chevaux de course qui offrent peut-être de beaux spectacles humains mais n’ont jamais portés sur leur dos le Prince de la Paix. »