Les attentes d’un prêtre catholique pour la visite papale

pape francoisM’exprimant comme prêtre catholique en Amérique, je suis très impatient d’accueillir la visite du pape François. Il vient avec un parcours remarquable à la fois de sensibilité pastorale et de grand charme personnel. Mais notre Église en Amérique a de nombreux besoins pressants. Alors voilà quelques petites choses que j’espère voir le Saint-Père accomplir durant son séjour.

D’abord, j’espère que le pape François sera étonné et ravi de trouver un accueil chaleureux venu des catholiques fervents qui soutiennent la culture de vie et les enseignements traditionnels de l’Église contre la culture de mort manifeste que beaucoup installent dans notre pays.

J’espère également qu’il parlera fermement à propos de la liberté religieuse, qui est pour le moment en grand péril — du fait du gouvernement en général et plus particulièrement de l’administration Obama.

J’espère qu’à Philadelphie il parlera de la famille comme étant le terreau des vocations et qu’il encouragera les familles à parler à leurs enfants de la beauté de la vocation religieuse — et également du mariage traditionnel comme d’une autre voie pour se donner à Dieu.

J’espère qu’il ne parlera pas uniquement aux catholiques mais également aux chrétiens de la Réforme, les exhortant à être ouverts à la réunification avec l’Église que le Christ a fondé sur les Apôtres. Et tout particulièrement à Washington, quand il canonisera Junipero Serra, j’espère qu’il évoquera la situation religieuse de nombreux Latinos aux États-Unis, qui ont abandonné l’unique véritable Église pour des formes évangéliques de christianisme.

Au vu des événements actuels tels la crise des réfugiés syriens, en raison de l’expérience du pape en l’Amérique Latine, de ses préoccupations fréquemment exprimées pour les migrants et les personnes déplacées, de certaines des rencontres qu’il a programmées pour ce voyage, il est clair qu’il évoquera les questions d’immigration, de marginalisation et d’accueil. Cela aiderait bien si le Saint-Père, qui a clairement un amour préférentiel pour les pauvres, exprimait que la réponse à leurs problèmes n’est pas de créer une combinaison de programmes étatiques mais plutôt de leur procurer du travail afin de leur assurer des revenus décents, de sorte que les mères puissent avoir la possibilité financière de rester au foyer pour élever leurs enfants.

L’Église en Amérique se bat sur plusieurs fronts. A côté des attaques contre la liberté religieuse, le mariage, les enfants à naître, il y a une culture matérialiste et souvent moralement corrompue, et la disproportion entre le vieillissement du clergé et des religieux et le petit nombre de ceux qui prennent la relève.

J’espère que le pape François reconnaîtra que les États-Unis sont de bien des manières une terre de mission, ressemblant en cela à l’Europe (où la situation est plus mauvaise encore). L’Europe où il vient juste de dire aux Européens qu’il était temps pour eux de revenir à la Foi.

En raison de la gravité de la situation où se trouvent les catholiques américains, j’espère que le Saint-Père insistera sur l’importance de l’évangélisation. Tous les catholiques convaincus devraient maintenant se faire missionnaires auprès de leurs compatriotes, s’efforçant d’amener les gens à l’Église par l’exemple de leur travail, de leurs amitiés, de leur vie de famille, de la joie et de la satisfaction qu’ils trouvent dans la pratique de leur foi.

En plus, il serait d’une grande aide pour l’Église aux USA si le pape François commémorait l’historique de notre éducation catholique, et le besoin qui est le nôtre de retourner vers ce qu’il y a de meilleur dans notre tradition comme par exemple la manière de transmettre la foi dans une culture pluraliste. Nous avions naguère au niveau des paroisses des écoles solidement catholiques qui jouaient un rôle central dans l’Église et dans la société américaines. Nous avons désespérément besoin de les réformer, tout comme de recréer des universités réellement catholiques. Et n’oublions pas les 90% de catholiques qui assistent aux cours des universités laïques d’état. Il y a un besoin criant d’organisations telles les Centres Newman, répandues partout afin que les nouvelles générations connaissent et vivent leur foi tandis qu’ils se forment puis fondent des familles, devenant une nouvelle génération de catholiques plein de zèle pour répandre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et de Son Église.

Puisque ceci est une liste de vœux et que je peux y mettre les propositions les plus téméraires et irréalistes (d’autant que le pape François continue de nous surprendre de bien des manières), je vais en mentionner un qui ferait vraiment les gros titres : je souhaite que le Saint-Père parle clairement à son auditoire catholique de mettre fin aux pratiques contraceptives ainsi qu’à l’avortement dans notre pays.

Alors que nous approchons de l’année électorale, j’espère que le pape François exhortera les catholiques d’Amérique à user de leurs droits civiques pour faire tout ce qui est possible pour ramener notre pays à ses principes fondateurs comme nation chrétienne, reconnaissant que nos droits et libertés sont fondés sur la nature, la nature voulue par Dieu. C’est peut-être la dernière chance qui nous soit donnée de le faire.

Dans cette veine, je souhaite que le pape mette au défi les nombreux catholiques impliqués en politique qui ont accepté de légaliser l’avortement et le mariage homo de retourner à la pratique de la foi de leur baptême. Comme ce serait merveilleux s’il était clair pour les catholiques dans le débat public qu’ils ne peuvent recevoir l’Eucharistie s’ils ne montrent pas qu’ils essaient de vivre en catholiques !

Nous, catholiques des États-Unis, sommes impatients d’accueillir le premier pape originaire de notre continent avec énormément d’amour et d’affection. Nous espérons que cet amour aura sa réciproque dans ses efforts pour comprendre notre pays, aussi étrange que puissent lui paraître nos façons de faire et nos hypothèses . Nous avons eu par le passé un grand catholicisme en Amérique, et peut-être qu’avec un peu d’influence papale, cela pourrait de nouveau être le cas.

— –

Le père C John McCloskey est historien de l’Église et chercheur non-résident à l’institut Foi & Raison. Il écrit depuis Menlo Park, en Californie.

Source : http://www.thecatholicthing.org/201…