L’Eglise n’est pas un Mac Do

eglise« – Bonjour, M’sieur-dame, qu’est-ce que je vous sers ?
– Eh bien je vais vous prendre deux intentions de messe, une absolution avec pour pénitence un signe de croix, ou à défaut un Notre Père, quatre à cinq minutes d’homélie pas plus et sans leçon de morale, ainsi qu’une formule comprenant le baptême de ma fille et la communion de mon fils. Et merci de me livrer le tout à la maison. »

Si l’accroche de cette chronique est volontairement provocatrice avec une pointe d’humour la réalité en est souvent proche et bien triste.

Certains considèrent l’Église comme une supérette ouverte le dimanche ; les prêtres, les diacres, les laïcs en mission comme des employés d’une entreprise qui doit se plier aux nouveaux comportements sociétaux du « tout, tout de suite et tout près de chez moi ».

Un prêtre de mon diocèse, curé de paroisse, m’a relaté quelques anecdotes. En voici quelques-uns :

« – Allô, Madame, pourquoi votre fils n’est pas présent au temps fort de la préparation à la première communion ?
– Vous comprenez, monsieur le curé, il a l’entraînement de pétanque et il n’a pas le temps de venir à cette préparation. Et de toute façon, il arrêtera le catéchisme après sa communion. »

« – Bonjour, mon père. Excusez-moi, mais nous ne pourrons pas venir à la préparation au baptême.
– C’est regrettable, il y avait pourtant plusieurs dates possibles…
– Mais enfin, vous n’êtes vraiment pas accueillant dans l’Église catholique ! »

« – Allô, Madame la catéchiste, combien de temps dure la messe des familles pour savoir quand je peux venir récupérer mon fils ? »

La liste est longue, mais j’arrête làCe sont ces attitudes-là qui sont souvent la cause du découragement de certains prêtres, et c’est à eux que je pense dans cette chronique.

L’Église se veut ouverte à tous et chacun y a sa place quel qu’il soit, mais certaines personnes se tournent vers l’Église pour consommer du religieux et s’étonnent donc qu’il y ait quelques exigences. Le catéchisme n’est pas l’équivalent d’un entraînement de foot du mercredi. La préparation au mariage n’est pas une formation de récupération de points. Quant à la messe du dimanche, elle n’est pas un péage d’autoroute pour le ciel.

Certains diront que mon propos ne fait que confirmer leur vision d’une Église fermée, obsolète, d’un autre temps, ringarde, arriérée, moralisatrice ; d’une Église moribonde à bout de souffle, qui n’accueille pas, n’écoute pas et ne comprend plus la société d’aujourd’hui. Alors il faut savoir ce que l’on veut. Si on la considère ainsi les demandes qu’on lui adresse sont vraiment paradoxales. Car pourquoi se tourner vers une institution que l’on n’aime pas ? Si on n’est pas pratiquants réguliers mais que l’attachement que l’on a pour l’Église est tel qu’il est important d’y vivre certaines étapes de la vie, alors il faut respecter ceux qui la servent.

Au fond, peut-être que je ne devrais pas m’étonner. Nous sommes dans un monde où tout le monde est tout. C’est le patient qui dit au médecin ce qu’il doit prescrire. C’est le parent d’élève qui dit à l’enseignant ce qu’il doit enseigner. Et c’est le chauffard qui dit au policier de quoi il ferait mieux de s’occuper.

Pour ceux qui continueraient à prendre l’Église pour une supérette, je leur propose d’aller en Angleterre où la chaîne de magasins Tesco s’est installée dans une ancienne église. Décidément, il y a de l’offre pour chaque demande !

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