Le Précieux Sang

1144173345032Cette fête, qui ne s’imposait pas, puisqu’elle fait doublon avec l’office de la Passion, a été instituée par Pie IX en 1849, pour remercier le Ciel d’avoir retrouvé ses Etats pontificaux. Je ne vois toujours pas le rapport. Pie IX l’avait fixée au premier dimanche de juillet, et juillet est devenu « le mois du Précieux Sang ». Ce qui semble-t-il fut très populaire mais ne dura guère. Saint Pie X, qui avait décidé de rendre au dimanche sa liturgie dominicale, fixa la fête au 1er juillet. Et Pie XI en releva la solennité, à l’occasion du jubilé du 19e centenaire de la Rédemption.


 

L’office de cette fête (et la messe dans une moindre mesure) est typique des productions liturgiques modernes : on accumule les citations de l’Ecriture où il y a le mot « sang », plus ou moins lié au Christ.

Le début de l’office ne manque pas d’allure, avec les antiennes des vêpres qui sont tirées des trois premiers versets du chapitre 63 d’Isaïe, demandant qui est celui-là qui est si beau et dont les vêtements sont teints de rouge comme un qui a foulé le pressoir, associées à ce verset de l’Apocalypse qui donne la réponse : « Il est vêtu d’une veste aspergée de sang, et son nom est le Verbe de Dieu. » Psalmodie suivie du capitule extrait de l’épître aux Hébreux, qui est l’épître de la messe : le Christ grand prêtre qui est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire avec son propre sang.

Mais ensuite on multiplie les antiennes, et pour les matines on a fabriqué des répons très inégaux. Le premier est presque insensé, indigne de la liturgie romaine, mélangeant deux versets de l’épître aux Hébreux qui n’ont pas d’autre rapport que de contenir le mot « sang ». Les autres sont composés d’extraits d’épîtres qui n’ont pas la qualité poétique nécessaire pour devenir des chants.

Les antiennes des laudes sont judicieusement tirées de l’Apocalypse.

Et l’on notera l’antienne de Benedictus, qui donne l’essentiel d’Exode 12, 13 — c’était déjà l’antienne de Benedictus de l’office de la fête du Précieux Sang qui était autrefois célébrée ici et là le 4e vendredi de carême :

Erit sanguis Agni vobis in signum, dicit Dóminus ; et vidébo sánguinem, et transíbo vos nec erit in vobis plaga dispérdens.

Le sang de l’Agneau sera pour vous un signe, dit le Seigneur, car je verrai le sang, et je passerai au delà de vous ; et la plaie de destruction ne nous atteindra pas