Le monde ne connaît pas le secret de notre joie

Homélie du Très Révérend Père Emmanuel-Marie, Père Abbé de l’Abbaye de Lagrasse, lundi de Pentecôte à Chartres :

E« Le Seigneur nous a commandé de prêcher aux peuples et de témoigner que c’est Jésus qui a été établi par Dieu « juge des vivants et des morts », s’est exclamé saint Pierre dans l’épître. Le Seigneur, à vous aussi pèlerins de Chartres, vous a commandé de prêcher au monde et de témoigner que : « Jésus seul nous sauve. » Nous avons la responsabilité d’annoncer haut et fort qu’il n’y a pas d’autre Sauveur que Jésus et Jésus crucifié. Notre responsabilité est grande, est immense, car le monde meurt sous le poids du péché qui engendre la tristesse et la solitude.

Mes frères, vous avez marché durant trois jours, vous avez fait l’expérience de la souffrance, de la lassitude, du froid la nuit et de la chaleur le jour. Vous avez fait l’expérience de la soif. J’ai vu cette fatigue, cet épuisement, c’est pourquoi ma parole sera brève. Vous avez fait en un mot l’expérience de l’homme laissé à ses seules forces. Mais vos âmes, elles, ont été réconfortées par la présence de Jésus Sauveur Lui-même. Oui, Jésus s’est rendu présent au milieu de vos fatigues par le Saint Sacrifice de la messe. Il a actualisé cette présence de Son Sacrifice, de la Croix. Il était venu mourir pour vous nourrir, pour que vous viviez. Jésus s’est rendu présent par sa miséricorde dans le sacrement de la pénitence. Il est venu par ses prêtres désaltérer vos âmes, les laver, les décharger du poids du péché. Jésus s’est rendu présent chaque fois que vous l’avez prié en égrenant les Ave du chapelet, en chantant ou en suppliant dans le silence. Jésus est venu marcher avec vous. Il s’est fait pèlerin avec vous comme jadis avec les pèlerins d’Emmaüs. Jésus ne vous a pas laissés seuls. Quand vous pleuriez il était là, quand vous riiez Il était là aussi, et aujourd’hui Il nous rassemble en son Eglise par la présence de Monseigneur Pansard, évêque de Chartres, qui nous accueille, de Monseigneur Schneider, de nombreux prêtres, de la présence du peuple chrétien autour de cette cathédrale.

Mes amis, le monde pourrait vous prendre pour des fous parce que vous marchez, vous vous fatiguez et vous êtes heureux. Parce que le monde ne connaît pas votre secret, le secret de notre joie qui est cette présence agissante de Jésus notre Dieu, notre Sauveur à vos côtés. Sa présence ne supprime par les souffrances ou les soucis : épreuves de famille, de santé, professionnelles ou spirituelles qui ont pesé parfois plus lourd que vos sacs à dos. Mais cet après-midi, votre cœur est heureux parce que Jésus, non pas qu’Il est résolu vos soucis, vos crises, mais Jésus est venu les porter avec vous. Le monde est triste parce que lui, le monde, dans l’épreuve, dans la crise, est seul, seul dans le froid du doute. Il ne connaît pas la miséricorde du Christ qui est là pour le désaltérer. Le monde est triste alors vous, vous devez, mes frères, nous devons porter la bonne nouvelle de la joie, que Jésus nous sauve ! Il suffit de dire oui et d’avoir confiance en Lui. Il est temps de l’annoncer : Dieu n’a pas envoyé Son Fils, entendons-nous dans l’Évangile, pour condamner le monde mais afin que le monde soit sauvé par Lui.

Mes frères, l’Évangile est clair. N’ayons pas peur de le proclamer à tous, aux individus comme aux sociétés. Ayons le courage de rendre raison à la joie et à l’espérance qui sont en nous. Mais le monde ne nous entendra pas si nous ne témoignons pas. Le témoignage rend crédible la prédication. En marchant, vous avez témoigné. Vous avez donné votre temps, votre effort. Votre corps a participé à cette annonce même. Et votre sourire et votre fatigue ce soir l’authentifie. Et demain, demain matin mes frères, comment témoignerez-vous ? Comment donnerez-vous votre vie ? Je voudrais vous dire que sans votre joie votre témoignage ne sera pas reçu. La joie, disait mère Teresa, la joie est le meilleur moyen de prêcher. Ne soyez pas des chrétiens tristes ou aigris. Ne vous plaignez pas sans cesse, ne soyez pas de ceux qui comptent les défaites. La victoire sur le monde, c’est notre foi. La victoire du Christ, c’est Sa résurrection. Et cette résurrection elle est acquise. Notre joie de nous savoir sauvés doit rayonner, attirer nos contemporains. Mais notre joie doit être réaliste, concrète, s’incarner en chaque instant. Comme un pèlerinage qui se fait pas à pas, la vie chrétienne se donne instant après instant dans le devoir d’état quotidien. Oui, demain Jésus sera avec vous dans votre quotidien d’étudiants, de célibataires, de pères ou de mères de famille. Jésus marchera avec vous dans vos difficultés et dans vos épreuves. Il sera avec vous pour vaincre la lassitude. Il sera avec vous quand vous vous battrez pour résister aux modes, aux pressions mondaines qui nous poussent à la facilité dont parle souvent le pape François. Il sera avec vous quand vous vous engagerez pour fonder une famille solide. Il sera avec vous quand il faudra durer dans la fidélité qui est un autre nom de l’amour. Il sera avec vous quand vous vous engagerez publiquement pour une société plus chrétienne et donc plus humaine. Il sera avec vous si vous répondez à un appel à une vie consacrée de prêtres, de religieux, de religieuses. Vous qui, aujourd’hui, vous posez la question, n’ayez pas peur. Jésus demande tout mais Il n’enlève rien. N’ayez pas peur de témoigner qu’une vie donnée au Christ suffit à remplir cette vie, votre vie. Notre monde a besoin de tels témoins. Mes amis, serez-vous ces témoins qui disent avec le sang de leurs veines que Jésus seul peut nous sauver ? Mes amis, le monde a besoin de vous, de votre témoignage. Jésus veut avoir besoin de vous pour apporter au nom de la joie qui le sauvera. Ne laissons pas ce monde sans réponse, il nous attend. »