La chapelle des Pénitents Noirs de Laroque d’Olmes

LaroqueUne confrérie de Pénitents Noirs existait à Laroque en 1441. Elle portait le nom de
« Confrérie de Notre-Dame du Mercadal. » Elle se réunissait une fois par mois dans sa maison, située sous l’église paroissiale (actuellement angle nord-ouest du jardin du presbytère), dans laquelle était une
chapelle.

En 1596, un testament daté du premier mai indique : « en la ville de la Roque s’est dressée
une confrérie de Sainte-Croix, pour raison de quoi on délibère d’y construire une chapelle. »  Le premier juin 1597, quinze livres sont données par un particulier, pour la continuation de la construction.

Il est difficile de savoir s’il s’agit de la même confrérie qui aurait modifié son vocable, ou de
la succession d’une confrérie qui aurait disparu à la fin du Moyen-Âge. Toujours est-il que cette chapelle, qui semble avoir été unique, était abandonnée en 1731, ruinée par l’écroulement du clocher de l’église paroissiale.

Le 19 avril de cette année-là, les Pénitents requéraient auprès des consuls de la ville, un
certificat pour le marquis de Mirepoix, émettant le souhait de construire une nouvelle chapelle sur la place.

Le recteur Forgues adresse une lettre au représentant du marquis le 20 avril, pour soutenir ce projet, et l’évêque averti, donne son approbation.

Des dons sont reçus par le prieur et sous-prieur de la confrérie, en vue de la construction : par exemple, 65 livres de Jean Bertrand le 11 mai 1731. Le 11 décembre, Joseph Escalier prieur, reçoit 38 livres d’un laboureur de l’Aiguillon.

L’entreprise menée à bien, les Pénitents Noirs adressent une supplique à l’évêque de
Mirepoix, Mgr Jean-François Boyer en juin 1733, pour demander la bénédiction de la nouvelle chapelle en ces termes : « supplient humblement la confrérie des Pénitents Noirs de la Croix, érigée en la ville de la Roque depuis 1599 (sic). Celle qui était auparavant est interdite par Mgr l’archevêque de Bordeaux, pour lors évêque de Mirepoix, à cause de la menace de ruine du clocher qui tombait sur l’autel de ladite chapelle… il ne reste plus à présent que d’implorer votre bénédiction… »
Le dimanche 7 juin 1733, pour la Fête-Dieu, la chapelle nouvelle est bénie par le recteur
Forgues, commis par l’évêque.

Nous avons conservé le témoignage de dons offerts. Tel, le 24 juillet 1741 , Catherine
Pouytes, veuve d’un ouvrier en peignes, lui donne, pour montrer sa vénération pour l’oeuvre des Pénitents Noirs, et en augmenter les revenus, tous les biens immeubles qu’elle possède à Dreuilhe et Lavelanet : trois pièces de terre, une maison, un jardin etc, se réservant seulement la rente viagère de deux setiers de blé et dix livres par setier.
La chapelle au chevet à pans coupés, était orientée au sud. Ses dimensions étaient d’environ dix mètres de largeur, sur dix-sept de longueur.

Certains embellissements y furent apportés dans le courant du 18e siècle.
Le sanctuaire fut lambrissé, et huit tableaux furent commandés au peintre toulousain Labérie : trois pour la Sainte Vierge, et d’autres pour St. Pierre, St. Martin, St. Roch, St. Cyr et Ste Julitte.

Cinquante ans plus tard, le 18 avril 1782, François Jamme, recteur de Laroque fait
son testament, mentionnant entre autres vœux : « je donne à la chapelle des Pénitents deux-cents livres employées à faire un autel de marbre. » On sait l’attachement de ce prêtre zélé à l’embellissement des lieux saints. L’église paroissiale garde toujours son ancien maître-autel, ainsi que deux autels secondaires qu’il commanda à Caunes, dans un marbre somptueux qui déjà, avait charmé le roi Louis XIV en son temps, et dont il revêtit Versailles.

Nous savons qu’entre autres, les processions des pénitents étaient très fréquentées et
spectaculaires. Elles étaient, et sont encore, une liturgie d’édification. Les célébrations se déroulaient à la chapelle. Bannières et ornements d’apparat se trouvaient alors déployés pour certaines solennités. On se rendait jusqu’à la Maison-Dieu (l’hôpital), où une visite était faite aux malades, puis la procession remontait vers l’église paroissiale, où une grand-messe était célébrée par le recteur, assisté du chapelain des Pénitents,
et de prêtres : vicaires, obituaires, matutinaires, etc.

Mais l’époque révolutionnaire arrivait, avec son cortège de profanations. Le 13 novembre
1791, 120 citoyens actifs s’assemblent dans la chapelle, pour procéder au renouvellement du Conseil  Municipal en place depuis deux ans. Le 18 juillet, autre rassemblement, pour la réorganisation de la Garde Nationale sédentaire, le tout formant soixante-dix-sept hommes.

Un registre paroissial commençant en 1836, indique sous la plume du curé Joffres, que la
confrérie s’est dissoute en 1830. « La chapelle avait été fort négligée . On avait cessé d’y célébrer la messe depuis la mort de l’abbé Tysseyre, ancien curé, et depuis, on n’y avait fait aucune réparation… »

La chapelle servait alors à la Société de Secours Mutuel St. Jean-Baptiste.

Le 29 septembre 1848, le maire propose la démolition du mur occidental, qui menace ruine.  La proposition est adoptée, mais probablement non exécutée, puisque le 15 mai 1853, une réparation y est
faite pour 30 francs.

Le 12 mai 1861, ledit Conseil vote 100 francs pour réparer le toit : « les soixante-dix francs
prévus sont insuffisants, car lorsqu’on a enlevé le plafond, on s’est aperçu que la poutre qui supporte le toit
était coupée, ainsi que plusieurs solives. » Le devis monta alors à 200 francs. Les travaux furent exécutés par
le charpentier Hippolyte Langlade de Laroque, et terminés, charpente et tuiles, le premier octobre 1861.

« Il y avait alors à l’intérieur, l’ancienne boiserie du beffroi de l’église paroissiale, changée il
y a quelques années. On peut en obtenir 30 francs de la fabrique, pour être utilisée à N-D du Pont, pour la
tribune. »

Les choses durèrent jusqu’en 1874 ; lorsque le 8 novembre, l’évêché ne vit pas de difficulté à
une autorisation préfectorale de démolition de l’édifice.

Le 4 janvier 1875, le cahier des charges mentionne : « le clocher-porche et la sacristie y
adjacents de l’église appelée des Pénitents seront démolis dans l’espace de six mois. Les matériaux 4
4
appartenant à l’adjudicataire en disposera, et enlèvera tout. Il laissera sur trois côtés : levant, nord et sud, un
parapet couronné en maçonnerie ordinaire, haut de 70 centimètres, suivant la pente du terrain. Il comblera le
vide existant entre ce parapet et la rue voisine. »

La démolition est adjugée le 24 janvier 1875 au sieur Jean Cyrille Joucla entrepreneur des
travaux publics de Laroque, pour 130 francs.

La pompe à incendie de la ville et ses accessoires étaient entreposés dans la chapelle ; « et
depuis qu’elle s’est effondrée et par suite totalement démolie », le Conseil Municipal demanda le 30 juillet
1876, de loger le matériel dans la maison de l’ermite, attenant au presbytère et servant de grange au curé.

Sources : * Archives Départementales de l’Ariège.
* Archives paroissiales.
* Parutions Adelin Moulis.
* Archives F. Boulbès. (Presbytère)

Jacques Gironce.
22 mars 2014