Benoît XVI, les catholiques divorcés et l’Eucharistie

Au long des méditations christologiques proposées dans Voyez, Il est transpercé ! (1984) Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI, exprimait ce qu’on pourrait appeler « une modeste proposition » au sujet des divorcés remariés face à l’Eucharistie.

On a rarement cité sa suggestion lors des débats animés relatifs aux Catholiques divorcés et remariés recevant la Communion. Mais elle peut offrir une perspective aux Catholiques qui ne peuvent la recevoir ; elle peut aussi approfondir la dévotion chez tous les Catholiques, qui en ont parfois bien besoin de nos jours.

À sa manière inimitable et pédagogique, Benoît traite du don insondable de l’Eucharistie, puis interroge : « S’il en est ainsi, qui sommes-nous pour parler des nombreux Chrétiens qui croient et espèrent en notre Seigneur, qui voudraient tant mais ne peuvent recevoir ce sacrement ? »

Selon Benoît, il y avait lors des premiers temps du catholicisme une tendance à considérer que ceux qui étaient exclus du sacrement se trouvaient simplement hors de la communauté de l’Église. Mais au Moyen-Âge des personnalités comme Guillaume d’Auvergne, Évêque de Paris, commencèrent à se pencher sur la différence entre communion visible et communion intime.

Guillaume affirmait que l’Église ne souhaite nullement priver quiconque de communion intime. « Quand elle brandit l’épée de l’excommunication, c’est uniquement en vue d’apporter un remède à la communion spirituelle. » Guillaume ajoute qu’il arrive parfois qu’une personne excommuniée — privée du sacrement — progresse mieux sur la voie de la patience et de l’humilité que si elle était en mesure de recevoir la communion.

À la suite de Guillaume, Saint Bonaventure soutenait la nécessité pour l’Église d’une loi dans des cas tels que l’excommunication, tout en ajoutant : « je soutiens que nul ne peut, ne pourra, être exclu de la communion d’amour tant qu’il vivra sur terre. L’excommunication n’entraîne pas une telle exclusion. »

D’évidence, la communion sacramentelle avec l’Église est un point central de la foi Catholique. Cependant, comme le souligne Benoît, une personne exclue de l’Eucharistie vit toujours prise dans les liens d’amour de l’Église. L’amour sauveur du Christ agit hors des frontières juridiques. Son action n’est, évidemment, pas limitée aux sacrements. Et, en ce qui concerne un « excommunié », on peut comprendre « comment, paradoxalement, l’impossibilité de communier, vécue comme un éloignement de Dieu, . . . . peut mener à un progrès spirituel. »

Benoît relate alors le cas surprenant de Saint Augustin, (surprenant pour moi et vraisemblablement aussi pour tous les catholiques). « Je suis ici frappé par un phénomène d’un ordre plus général et pastoral. Sentant sa mort approcher, Augustin s’excommunia lui-même et entreprit une pénitence publique. Au cours de ses derniers jours il manifesta sa solidarité avec les pécheurs notoires qui quêtent pardon et grâce en renonçant à la communion. »

Citant cet extraordinaire épisode, Benoît ne plaide pas pour une approche Janséniste de l’Eucharistie, où des gens en état de grâce s’abstiennent de communier simplement parce que c’est trop bon pour eux. Ce qui serait bien mal comprendre le sacrement.

Mais il laisse jaillir deux questions de ce raisonnement. Ne recevons-nous pas souvent l’Eucharistie avec légèreté ? Puis : « ce genre de jeûne spirituel serait-il utile, ou même nécessaire, pour approfondir et renouveler notre relation au Corps du Christ ? »

Disons-le plus crûment : de nos jours, pour bien des catholiques, la Sainte Messe n’est-elle pas comme un anniversaire où chacun aura sa part de gâteau ? Comment une telle attitude peut-elle contribuer au progrès spirituel de quiconque ? Et aider les divorcés remariés (ceux dont le premier mariage n’a pas été annulé) qui considèrent qu’on les prive de ce à quoi ils pensent avoir naturellement droit ?

Benoît rappelle que jadis l’Église proposait une sorte de remède à cette attitude : un jeûne universel, pas d’Eucharistie le jour du Vendredi Saint. « Renoncer à la communion lors d’un des jours les plus sacrés de l’année ecclésiastique était une façon particulièrement approfondie de partager la Passion du Seigneur. . . . Actuellement aussi, je pense que se priver d’Eucharistie par un jeûne spécial [un jour de pénitence tel que le Vendredi Saint], sérieusement, en profondeur, pourrait avoir une immense signification. »

Un jour de privation d’Eucharistie pour préparer la Pâque pourrait servir d’approche pastorale envers ceux qui ne peuvent la recevoir. Selon Benoît, « le problème des Catholiques divorcés et remariés pourrait être adouci par un fond de privation spirituelle volontaire, qui mettrait en valeur le fait que tous nous avons besoin de cette guérison par amour que le Seigneur a livrée dans l’ultime solitude de la Croix. »

Puisque le Magistère encourage la réception fréquente de l’Eucharistie, une telle suggestion mériterait d’être très soigneusement prise en considération.

Mais au lieu de tenter une forme d’aide aux catholiques remariés en banalisant le mystère de l’Eucharistie, ne vaudrait-il pas mieux renouer avec une ancienne règle qui peut l’approfondir ?

19 avril 2015.

Source : http://www.thecatholicthing.org/201…