La société «parfaite» qui renonça à Dieu

avvenire-logoL’AVVENIRE

Texte en italien: L’Avvenire.
Ma traduction.
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Quels romanciers lit un pape? 
Aujourd’hui, nous avons une réponse, avec un auteur aimé de Benoît XVI. Et elle concerne un écrivain anglais, qui s’est converti au catholicisme et a vécu au tournant des XIXe et XXe siècles. C’était le fils du primat de l’époque de l’Eglise anglicane (ndt: l’archevêque de Cantorbery), qui a grandi de pain, de Bible et de liturgie, sans que son cœur brûle réellement pour le Seigneur: « Théoriquement, j’ai accepté le credo chrétien, mais il ne conditionnait pas ma volonté ou mes émotions, sinon pour de courtes périodes. C’était une religion sans une étincelle de vitalité vraie ».
Ainsi écrivait Robert Hugh Benson en 1906 dans son « Journal intime d’un converti » (Confessions of a Convert), récit autobiographique de son périple, qui l’a conduit de Canterbury à Rome. Et de Benson, les Editions Foi et Culture publient aujourd’hui une nouvelle traduction de son chef-d’œuvre littéraire, Le Maître de la terre (Lord of the World, en italien Il padrone del mondo ), après la publication en 2010 de « L’aube de tout » (Dawn of All ), texte qui narrativement en constitue la suite.

Mais quel rapport entre Benson et Papa Ratzinger?
Mgr Luigi Negri l’explique dans la préface au « Maître de la Terre »:
« En parlant avec le Saint-Père, j’ai reçu la confidence que pour lui aussi la lecture du Maître de la Terre, dans la première édition allemande, fut un fait de grande importance ».

En d’autres termes, Joseph Ratzinger a été fasciné par le récit de Benson. Qui, ante litteram, a donné une voix romanesque à l’un des centres névralgiques de la pensée de Joseph Ratzinger – Benoît XVI:
 » Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ? « . 
Ainsi a parlé le Pape, le dernier Jeudi saint, dans l’Homélie de la messe chrismale.
Une apostasie silencieuse que l’Occident, autrefois berceau du christianisme, accomplit dans le roman de Benson.

Au cœur de tout cela, il y a le Londres de l’auteur, où l’on embrasse la credo de l’humanitarisme et où se répand l’abjuration du credo chrétien. A ce « mouvement nouveau » des « ministres de l’euthanasie » en « faveur » des malades, prêtent leur concours plein de compassion; le mariage sacré n’existe plus, mais le « mariage à bail »; on s’en tient à un « nouvel évangile »: « Il n’y a pas Dieu, mais l’homme, pas le prêtre, mais le député, pas le prophète, mais le pédagogue ».
Seule Rome résiste, fidèle au catholicisme: le pape et une poignée de cardinaux trouvent ensuite refuge là où le christianisme est né à Nazareth, en attendant la fin. Cette nouvelle religion a son messie, ce Julien Felsemburgh, auteur de la paix entre Orient et Occident, qui préannonce une ère nouvelle de paix pour l’humanité.

Auquel le peuple désormais – mais c’est une constante de tout athéisme: recréer le simulacre d’une religion sur les cendres de celle « défunte » – voue des sentiments religieux: : « Il avait rapporté de petites scènes dont il avait été témoin oculaire: un groupe de gens agenouillés devant un portrait de Felsenburg, un homme mourant qui invoquait son nom ».
Dans le roman, il y a d’autres personnages: le couple Olivier et Mabel Brand, grands soutiens du nouveau credo; le Père Francis, un prêtre anglais très catholique élevé par la suite au rang de cardinal, et un pape… nommé Benoît XVI …! Et entre le personnage fictif et le pape actuel il y a d’autres associations: Si Ratzinger a entrevu dans les « minorités créatives » la possibilité de garder vivant le christianisme encore dans l’ère post-moderne, le personnage de Benson invente un ordre religieux (dont il prend la tête) pour un témoignage, désarmé et total, de la foi. Il s’appelle « Nouvel Ordre du Christ crucifié. »
L’inspiration vient du père Francis, lequel en recommande l’institution au pape précisément pour cette raison: «Un fondateur nudus sequens Christum nudum … oui, des francs tireurs, prêtres, évêques, laïcs et femmes ». « Minorités créatives » et « francs tireurs » de la foi: difficile de penser à une consonnance plus éclatante! Mais il y a plus, sur la piste Benson-Ratzinger.
Par exemple, le monde sans Dieu: comme celui présenté par l’«humanitaire» Mabel à sa mère mourante, qui, peu avant la fin avait demandé l’Eucharistie: «Maman, ne comprenez-vous pas que tout ce que Jésus-Christ a promis est devenu réalité, mais dans un autre sens. Vous me dites vouloir le pardon des péchés, eh bien, le voilà,le pardon: nous l’avons tous, car il n’existe aucun péché, il n’y a que des actes criminels. Et vous voulez recevoir la communion, croyant en cela participer à Dieu lui-même. Eh bien, nous participons tous de Dieu, pour cette raison que nous sommes des êtres humains! Vous ne vouyez pas que le christianisme est simplement un moyen d’exprimer toutes ces choses? J’admets que c’était le seul, autrefois; mais à présent, il est déjà dépassé par un autre, bien meilleur ».

Dans le livre entretien Lumière du monde, Benoît XVI affirmait: « La chose importante aujourd’hui est que nous voyons à nouveau que Dieu est là, que Dieu nous regarde et nous répond. Et, qu’au contraire, quand il vient à manquer, tout peut être aussi rationnel qu’on le veut, mais l’homme perd sa dignité et son humanité spécifique, et ainsi s’écroule l’essentiel ». Lequel, pour Benson, est simple: « La vraie paix ne concerne pas seulement les relations des hommes entre eux, mais principalement celles qui intercèdent entre les hommes et leur Créateur. »

Lorenzo Fazzini